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Différences de libido et d’amour

Comment gérer les différences de libido dans les relations amoureuses?

L’écart de libido - c’est-à-dire une différence de désir sexuel ou de pulsion entre les partenaires - peut être l’une des choses les plus difficiles à gérer dans les relations romantiques et/ou sexuelles, et pourtant, dans presque tous les partenariats que nous avons, l’écart de libido sera présent d’une manière ou d’une autre. 

Qu’il s’agisse d’une situation ponctuelle (l’un·e des partenaires ne se sent tout simplement pas à la hauteur à un moment donné, ce jour-là ou pendant une période donnée) ou d’une situation permanente (toi et ta ou ton partenaire avez des besoins sexuels différents sur une base continue), l’écart de libido peut être extrêmement difficile à accepter et à surmonter parce que nos identités sont si étroitement liées à notre sexualité.  

On nous a appris à considérer certains types de rapports sexuels comme supérieurs à d’autres formes d’intimité, et on est en même temps conditionné·e·s à croire que notre valeur personnelle est intrinsèquement liée à notre désirabilité sexuelle. Ainsi, quand notre ou nos partenaires ne semblent pas intéressé·e·s par le sexe à la fréquence et au niveau qu’on désire, on en déduit souvent immédiatement que quelque chose cloche chez nous, qu’on a fait quelque chose de mal ou que c’est nous le problème.  

Quand il y a un manque de communication autour de nos sexualités et de nos besoins sexuels dans les relations, les différences de libido peuvent causer des problèmes relationnels plus profonds, tels que :

  • Cycles d’insécurité
  • Dysfonction érectile
  • Manque de satisfaction
  • Dynamique du «chasseur» et du «chassé».
  • Honte liée au manque de désir et de libido
  • Rapports de pouvoir compliqués
  • Frustration
  • Infidélité

Tout ça peut finir par creuser le fossé qui nous sépare de nos partenaires.

C’est facile de se prendre la tête au sujet de la sexualité. La pression à elle seule peut amplifier tous les problèmes mentionnés et tout faire partir en vrille, et on se retrouve coincé·e dans une cage qu’on a soi-même créée.  

En réalité, la raison pour laquelle l’écart de libido peut être un obstacle si difficile à surmonter dans les relations est due au simple fait qu’on veut tou·te·s se sentir vu·e·s et aimé·e·s. Souvent, le manque de libido peut être le résultat d’autres problèmes relationnels, souvent liés à la communication, qui entraînent une faible estime de soi, de la colère, du ressentiment, de la peur, du stress ou toute une série d’autres émotions qui ont un impact sur notre capacité à éprouver de l’excitation et du désir sexuel.  

À l’inverse, le ou la partenaire dont la libido est plus élevée peut commencer à éprouver de l’insécurité et de la honte - en ayant l’impression que sa ou son partenaire ne le désire plus -, ce qui peut se traduire par de la colère, du ressentiment, du chagrin et d’autres réactions émotionnelles dues au fait qu’il ou elle ne se sent pas aimé·e par sa ou son partenaire ou qu’il ne se sent pas connecté·e avec elle ou lui.  

Qu’est-ce qui est normal?

Il existe une infinité de raisons pour lesquelles une personne peut éprouver une baisse de libido, y compris le fait très important que de nombreuses personnes ont tout simplement une libido plus faible que ce que notre société obsédée par le sexe voudrait nous faire croire comme étant normal.

Ainsi, la première étape pour comprendre un écart de libido est peut-être de se poser la question :  

💛 Selon toi, qu’est-ce qu’une «libido normale» et d’où viennent ces croyances?

💛 Qui t’a appris ce que tu considères comme normal dans une relation sexuelle?

💛 Est-il juste de tenir notre ou nos partenaire·s  responsable·s de ces attentes en matière de désir sexuel?

À la suite de ces vérifications, tu peux commencer à te poser des questions :

💜 D’où viennent mes désirs?

💜  Ces besoins viennent-ils d’un lieu incarné, centré sur le plaisir, ou ma frustration face au manque de sexe vient-elle de la peur que moins de sexe équivaut à moins d’amour, ou à une relation moins réussie/une connexion moins précieuse?

Je tiens à préciser que, quel que soit le nombre de blogues sur le sexe ou de questionnaires de Cosmopolitan que tu as remplis et qui disent le contraire, il n’y a pas de norme en ce qui concerne la fréquence des rapports sexuels entre toi et ton, ta ou tes partenaire·s. Il n’y a que ce qui est normal dans ta relation, et même ça, ça va fluctuer au fil du temps et des saisons de ta vie.  

Il n’y a aucun moyen de définir la normalité par rapport à la fréquence des rapports sexuels, parce qu’il n'y a aucun moyen d’exprimer en chiffres ou en statistiques une chose aussi incarnée, fluide et fluctuante que le désir sexuel. Cela ne fonctionne tout simplement pas; il manque la nuance du corps sexuel, il manque l’aspect humain.  

Et pourtant, même après toute cette réflexion et cette exploration de nos attentes et de nos désirs, on peut encore se retrouver dans des situations où recevoir ce «non» est extrêmement difficile. Pour être franc, ça se peut qu’on veuille plus ou moins de sexe que notre ou nos partenaire·s, et c’est correct comme ça!  

J’ai connu les deux côtés de l’écart de libido, de la personne qui en veut toujours plus à celle qui doit trouver en elle la force de dire «non» à son ou sa partenaire. Ces deux situations sont extrêmement difficiles.  

Petit à petit, j’ai trouvé des outils qui se sont avérés utiles pour satisfaire le désir, recevoir et donner le «non» quand c’est nécessaire, et utiliser d’autres formes d’intimité pour apporter un sentiment équivalent, ou même plus profond, de connexion à notre ou nos partenaire·s quand le sexe n’est pas une option.  

Même les relations les plus saines et les plus communicatives se heurtent à un moment ou à un autre à des écarts de libido, et il peut être bon d’avoir dans sa poche quelques outils pour composer avec ces moments difficiles. En utilisant ces outils, on pourrait découvrir qu’il n’y a vraiment rien qui cloche chez nous, et qu’on peut trouver amour et intimité en dehors de ce qui est perçu comme la norme.  

Ou peut-être peut-on se débarrasser de la peur qui entoure le sexe et nous engager dans des relations sexuelles plus amoureuses en apprenant à se familiariser avec notre libido.  

Voici quelques pratiques pour t’aider à gérer les différences de libido dans les relations.

Masturbation connective

L’une de mes pratiques préférées, quand ma libido ne correspond pas à celle de ma ou mon partenaire, consiste à pratiquer la masturbation connective.

Celle-ci est relativement simple. La personne qui veut avoir des relations sexuelles se masturbera comme elle le souhaite, en utilisant des jouets ou non, et sa ou son partenaire y participera d’une manière ou d’une autre. Cela apporte l’élément de connexion souvent désiré par la personne qui veut avoir des relations sexuelles, tout en permettant à l’autre partenaire de maintenir ses limites si nécessaire.  

La participation du ou de la partenaire peut varier d’une personne à l’autre. Certain·e·s voudront embrasser leur partenaire pendant qu’ils ou elles se masturbent. D’autres voudront tenir un vibromasseur contre le corps de leur partenaire ou dire des mots cochons pendant que leur partenaire se donne du plaisir. Peut-être aimeraient-ils·elles regarder leur partenaire se masturber tout en le ou la regardant dans les yeux. C’est à toi de décider comment tu veux participer, tout en faisant savoir à ta ou ton partenaire que tu es là, avec lui ou elle, pour son expérience et son plaisir.

Le jeu du «non»

Il s’agit en fait d’un jeu d’improvisation, mais il fonctionne très bien dans le contexte des relations sexuelles.  

L’idée sous-jacente est que donner et recevoir un «non» peut sembler assez difficile entre partenaires, car beaucoup d’entre nous ont été conditionné·e·s à mettre leurs propres besoins de côté pour satisfaire les autres. Simplement dit, on ne veut jamais offenser l’autre. Cette pratique nous apprend à donner et à recevoir un «non» sans culpabilité, sans frustration et sans que personne ne se sente offensé. Cette pratique est particulièrement efficace pour les polycules ou les dynamiques à partenaires multiples.  

Demande à toutes les personnes présentes de se placer dans un espace commun. Demande à la moitié des participant·e·s de dire«non» et à l’autre moitié, de recevoir cette réponse. Les receveur·euse·s s’approcheront de l’un·e des donneur·euse·s et lui demanderont s’ils ou elles peuvent toucher l’une des parties de son corps (bras, main, visage, épaule). Le ou la donneur·euse répondra simplement «non». Le ou la receveur·euse recevra ce «non» comme une réponse complète et s’éloignera.  

S’il y a plus de donneur·euse·s à approcher dans l’espace, ils ou elles approcheront quelqu’un d’autre et joueront la même interaction. S’il n'y a que deux partenaires dans le jeu, les rôles s’inversent. Tu peux recommencer autant de fois que tu le souhaites, jusqu’à ce que tu remarques que le «non» devient plus facile à accepter et à orienter.

Note les sensations ou les émotions qui se manifestent dans ton corps quand tu donnes ou reçois un «non», et je t’encourage à organiser un cercle de partage ou un moment pour écrire dans ton journal intime par après.

Planifie-le!

Personnellement, j’ai beaucoup aimé cette idée ces derniers temps. Entre les emplois du temps chargés, la fatigue, le stress, les vies sociales, les loisirs et tant d’autres facteurs qui limitent le temps et l’énergie dont on dispose pour se rapprocher, il peut être vraiment agréable de prévoir du temps pour l’intimité dans nos calendriers. Non seulement ça donne à tou·te·s les partenaires quelque chose à attendre avec impatience dans la journée, mais ça permet également d’entrer dans ce temps intime avec intention et espace.  

Planifier signifie également que, comme pour une réunion ou tout autre engagement, si l’un·e des partenaires arrive au rendez-vous prévu mais ne se sent pas à la hauteur, il ou elle a tout à fait le droit de dire non. Le temps et l’espace sont quand même réservés et peuvent être utilisés par le·s partenaire·s qui veux ou veulent baiser. L’autre personne peut simplement s’asseoir et laisser l’autre (les autres) en profiter.

Connexion sensuelle

Il existe de nombreuses façons de trouver et d’expérimenter avec l’intimité qui n’impliquent pas le sexe, mais qui peuvent être tout aussi sensuelles et connectives. Il ne s’agit pas d’une pratique précise, mais plutôt d’une liste d’idées d’activités à essayer avec ta ou ton partenaire qui peuvent vous rapprocher et réguler l’écart de libido.  

  • Prendre un bain ou une douche ensemble et passer du temps à se laver les cheveux et le corps lentement et avec soin
  • Se procurer une huile corporelle qui sent super bon et se masser l’un·e l’autre
  • Jouer ensemble à des jeux (cartes, Scrabble ou tout autre jeu qui vous paraît l’fun)
  • Se vernir les ongles
  • Danser ensemble
  • Faire de l’art plastique ensemble
  • Cuisiner ensemble
  • Se coller l’un·e contre l’autre et regarder un film ou votre émission préférée
  • S’asseoir l’un·e en face de l’autre et maintenir le contact visuel pendant 5 à 10 minutes
  • S’embrasser avec intention : s’embrasser littéralement pendant quelques minutes et voir ce qu’on ressent quand un baiser ne mène à rien ou n’a pas d’objectif
  • Passer du temps nu·e·s ensemble, simplement être nu·e·s dans le même espace
  • Compter les taches de rousseur de l’un·e et l’autre
  • Serrez-vous longuement et essayez de synchroniser vos respirations

Non-monogamie

Cette question n’est pas aussi simple et concerne davantage les écarts de libido et de désir. Pour les personnes qui vivent une relation où il y a un décalage constant entre leurs propres désirs sexuels et ceux de leur partenaire, il peut être intéressant de commencer à explorer des dynamiques relationnelles en dehors de la monogamie (si tu es actuellement dans une relation monogame).

On a été formé·e·s à croire qu’une personne, notre partenaire, est censé·e satisfaire tous nos besoins et désirs à 100 %, et que si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche dans la relation. Il peut être utile de considérer, si cela te semble sûr et intéressant, que le fait de satisfaire certains besoins en dehors de la relation peut en fait ramener beaucoup de plaisir et de joie dans la relation.  

Pour de nombreuses personnes, la non-monogamie leur permet d’explorer d’autres aspects de leur sexualité sans imposer à leur partenaire des attentes qu’il ou elle n’est pas en mesure de satisfaire. Si tu ressens certains besoins que ta ou ton partenaire n’est pas en mesure de satisfaire, il pourrait être intéressant d’explorer, de manière consensuelle et dans un esprit de communication, la possibilité de chercher à satisfaire ces besoins en dehors de ta relation. Ça pourrait se faire en engageant des travailleur·euse·s du sexe pour t’aider à explorer ta sexualité, ou en adoptant des pratiques sexuelles et amoureuses non monogames.  

Si cette question t’intéresse, je t’encourage à faire d’abord des recherches sur le sujet et à prendre le temps d’en discuter avec ta ou ton partenaire, surtout si c’est une nouveauté dans votre relation. La non-monogamie peut être magnifique, mais elle nécessite une communication, une réflexion, des limites et une compréhension approfondies dans la relation pour être réalisée de manière éthique et avec compassion.  

Les écarts de libido ne signifient pas nécessairement que la relation ne fonctionne pas, ou que les personnes qui la composent ne devraient pas être ensemble. Parfois, il s’agit simplement de gérer les attentes. Et d’autres fois, on peut trouver des outils pour nous rapprocher d’une manière qui soit bénéfique pour tout le monde.  

Publié à l’origine le 30 août 2023 sur Jemsforall.com.

Écrit par Taylor Neal

Adapté par Sexefluide.ca en partenariat avec Jems.

Suis Jems sur Instagram et Sexfluent.ca sur Instagram pour obtenir d’autres conseils et astuces en matière de sexualité à moindres risques.

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